Par une belle matinée de février, le soleil peine à traverser les lourds nuages chargés de neige. Je traverse les fameux bois du Jorat à la recherche d’un bel endroit calme et retiré.

je sors mon longbow de sa fourre, m’équipe de pied en cape, gants écharpes et bonnets, puis pars en chasse à travers la futaie enneigée et glacée.

Pas un bruit, la nature se repose, les troncs givrés et le sol gelé craque sous mes pas…

Je suis enchanté par ce tableau, rêve de Yukon et de trappes lointaines… Suis-je bête!

Proche de chez nous se cachent des trésors aussi fabuleux que les lointains espaces sauvages de nos rêves d’enfants, à moi d’y voir le fabuleux que j’ai sous la main…

J’encorde l’arc, fais quelques étirements, puis place mon premier fût sur l’arc.

J’arme péniblement, viens méthodiquement à l’ancrage, puis décoche subitement. La corde vibre et les branches libèrent leur énergie, c’est sec et percutant, l’isotherme inférieur à zéro a figé les molécules de mon bois d’arc, mais heureusement le longbow aguerri à des siècles d’histoire humaine et climatique propulse la flèche vers son but.

Chercher une flèche sous la neige équivaut un peu à rechercher des indices de repas de micro-mammifères, tels mulots sylvestres ou campagnol agreste! La flèche a creusé un minuscule trou, par lequel elle s’est faufilée puis  a traversé son petit tunnel de neige! Je la vois plus et m’inquiète! la retrouverais-je au printemps, l’empennage flétri et le fût pourrissant gorgé d’eau?

Heureusement tel un sauveteur d’avalanches, je sonde et sonde encore pour retrouver enfin cette flèche si désirée!

Je continue ma billebaude les doigts glacés et le cœur réjouit… le ruisseau gelé s’effondre sous mon poids d’archer viking…

Au plaisir de croiser une biche, une buse ou pourquoi pas un archer illuminé, qui un samedi matin préférera les bois sauvages lausannois  au shopping du week-end…

Belles flèches d’hiver

L’auteur

 

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