Tir instinctif souple2016-03-25T14:29:21+00:00

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Le Tir instinctif souple

Texte tiré de “Azincourt” roman historique de Bernard Cornwell:

“Hook savait manier l’arc depuis l’enfance. Il s’était exercé jusqu’à pouvoir tendre la corde des plus grands arcs de guerre et avais appris de lui-même que l’on ne vise point avec l’oeil, mais avec l’esprit. On voyait, puis on pensait à sa flèche, et les mains bougeaient à peine pour viser… -Toute  l’habileté est entre les oreilles, mon petit, lui avait dit autrefois un villageois. On ne vise point. On pense à la cible et la flèche y vole”.

Les préceptes  de cette discipline ont été établis au sein d’une charte écrite et approuvée par tous les membres fondateurs  des “amis de la voie Médiane”. (méthode créée par Jean-Marie Coche, La discipline du tir à l’arc instinctif souple)

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Le tir à l’arc instinctif souple se différencie du tir à l’arc classique par l’absence de système de visée (point de référence fixé sur l’arc ou sur la corde, tels que viseur, repère, instrument permettant l’alignement de l’œil, du viseur et de la cible. Il représente une action corporelle spontanée et simple où l’archer apprend à manier son arc selon une gestuelle précise, coordonnée avec sa respiration.

Au début, il est un apprentissage des techniques de base, une série de gestes à assimiler selon un protocole chronologique précis, permettant à l’initié de s’appuyer sur des bases solides et de se les remémorer à chaque nouvelle flèche. Petit à petit, le néophyte par la régularité et la fréquence régulière de son entraînement enregistrera ses gestes «par cœur». Ses bras, son corps tout entier auront mémorisé le mouvement le plus naturellement possible, de la sorte que symboliquement l’arc sera  le prolongement de son  bras.

 Le tir instinctif souple  est en quelque sorte une émanation du langage du corps. Il nous indique nos manques ou nos défauts de tir.

La maîtrise parfaite des techniques de base  amènera progressivement l’archer à évoluer vers un art  qui le plongera aux racines même de sa perception corporelle et de là peut-être lui ouvriront les portes de sa propre connaissance intérieure. Selon la tradition, il ne fera plus qu’un avec son arc et sera complètement assimilé à l’instant présent.

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En d’autres termes, l’élève ne doit pas vouloir atteindre le but mentalement, mais créer un espace vide à l’intérieur de lui-même qui lui permettra d’effectuer la gestuelle adaptée, précise, en harmonie avec sa respiration. Alors seulement, il pourra pleinement être en résonance et son corps, à travers l’arc libérera l’énergie nécessaire à la propulsion souhaitée de la flèche au point visé.

«L’homme est bien un roseau pensant, mais ses plus grandes œuvres se font quand il ne pense, ni ne calcule. Il nous faut redevenir ‘comme des enfants’ par de longues années d’entraînement à l’art de l’oubli de soi»
T.Suzuki

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Par le travail et la régularité, les réflexes intuitifs augmenteront,ainsi que la sensibilité et la connaissance de soi.

La pratique idéale est dans la nature, sur les parcours forestiers ou dans de vastes zones montagnardes en accord avec les usages du lieu.

Le tir instinctif  souple se pratique à toutes les distances allant de 1 à 200m. Il est évident que la précision de tir décroit avec la distance, mais quelle plaisir de voir voler ses flèches fendant les airs et traverser en longues paraboles les ravins ou les collines ensoleillées.

La maîtrise de la visée est tout d’abord une harmonisation de l’archer et de son matériel. Le tireur possèdera une arme dont la puissance en livres sera adaptée à sa réserve physique et à sa morphologie (puissance et allonge personnalisée).

«Le tir est de tous les passe-temps le plus convenable pour l’enfance, parce que c’est une imitation des actions les plus sérieuses à accomplir à l’âge adulte »
R. Ascham, tiré de Toxophilus

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Au début, une évaluation des distances tireur/cible permet à l’archer de mieux appréhender le tir nature sur toutes les sortes de terrains plats ou accidentés, cela lui fournit les indications et les repères nécessaires à l’élévation de son bras d’arc pour le mouvement d’armement. A mesure du nombre de flèches tirées et de l’observation attentive des vols à toutes les distances connues et des résultats obtenus, il emmagasinera des informations qui de fil en aiguille affûteront ses sens, sa connaissance intuitive sera son meilleur guide pour la visée, l’archer saura exactement quand et à quel instant précis, ses doigts libéreront la corde afin que la flèche se fiche exactement là où elle doit aller. Magie du tir instinctif, chaque flèche est une nouvelle aventure, les nouvelles données sont enregistrées, ce qui nous motivent à envoyer une seconde flèche qui épurées des défauts de la première volera vers son but.

En cela, M. Jean-Marie Coche parlait toujours du «tir instinctif éduqué».
Au début, l’apprentissage doit reposer sur des bases solides sur lesquels à tout moment l’archer doit pouvoir se référer, il ne s’agit pas de décocher une flèche n’ importe où en faisant confiance à un geste irréfléchi, au début ça fonctionnera, mais bien rapidement, il n’y aura plus d’évolution et du succès des premiers jets ne subsistera plus grand chose. Il s’agit de se concentrer sur chaque volée, d’être ici et maintenant présent et l’esprit complètement libre pour le tir, débarrassé du vouloir, prêt à une auto-critique qui permettra  une analyse précise des défauts.

Le mental va implacablement restituer un défaut ou un mauvais geste si ce dernier n’est pas “conscientisé”  tout de suite Le tir instinctif souple se rapproche du tir à l’arc japonais (Kyudo) en se différenciant passablement du tir à l’arc classique avec viseur quel que soit le type d’arc (recourbé ou à poulies).

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Comme ces derniers, il demande aussi une grande discipline, du calme, de la maîtrise de soi et de la concentration. Mais il est beaucoup moins axé sur la notion de compétition et de trophées. Il est plutôt un moyen de pratiquer un sport convivial de plein air, procurant un bien être énorme, pratiqué dans le cadre associatif, il donne les moyens également de relever des défis personnels en s’inscrivant aux nombreux tournois officiels, championnats ou concours de toute sorte pour celles et ceux qui le désirent.

Sa pratique sur le long terme amènera l’archer vrai à beaucoup d’humilité et à une constante remise en question de lui-même, ce qui indubitablement le poussera à évoluer.

Belles flèches!

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